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Création de site internet

UX design et UI design

UX et UI sont devenus des mots de devis. Derrière, il y a deux métiers distincts, des livrables identifiables, et une méthode qu'on peut vérifier. Ou pas, et c'est là que le budget part.

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Par Aurélie Ducasteaux · mis à jour le 30 août 2026

Deux métiers, pas un sigle

L'UX design, pour « user experience design », conception de l'expérience utilisateur, s'occupe de ce que les gens font : ce qu'ils cherchent, dans quel ordre, ce qui les bloque, ce qu'ils comprennent. C'est un travail d'enquête, de structuration et de test. Son résultat n'est pas beau, il est juste ou faux.

L'UI design, pour « user interface design », conception de l'interface, s'occupe de ce que les gens voient et manipulent : la disposition, la typographie, les couleurs, les boutons, les états. Son résultat se regarde.

L'ordre compte. Une interface superbe sur une structure fausse produit un site que personne ne comprend. Une structure juste avec une interface médiocre produit un site laid qui fonctionne. Sur un budget contraint, il vaut mieux le second.

Le webdesign traite spécifiquement de la partie visible : grille, typographie, cohérence graphique. Cette page-ci traite de la méthode qui précède.

Ce que produit réellement un travail d'UX

Six livrables, du plus amont au plus aval. Un devis qui annonce « UX/UI » sans en nommer aucun ne promet rien de vérifiable.

1. La recherche utilisateur. Entretiens avec des clients réels, analyse des demandes reçues au téléphone et par courriel, lecture des questions posées au service commercial. Cinq à huit entretiens d'une demi-heure suffisent à faire apparaître les blocages récurrents. C'est le livrable le plus rentable et le plus souvent absent.

2. Les parcours. Pour chaque profil de visiteur, le chemin depuis son arrivée jusqu'à l'action attendue, avec les questions qu'il se pose à chaque étape. Cela se dessine sur une page.

3. L'arborescence. La structure des pages, construite sur ce que cherchent les visiteurs et non sur l'organigramme de l'entreprise. Le test de tri de cartes, où l'on demande à des personnes extérieures de classer des intitulés de page, révèle en une heure les regroupements qui n'ont de sens que pour l'entreprise.

4. Les zonages, ou wireframes. Des schémas sans couleur ni image, page par page, qui fixent ce qui est présent, dans quel ordre, et avec quelle importance. Les décisions difficiles se prennent à ce stade, pour un coût sans commune mesure avec le même arbitrage après les maquettes.

5. Le prototype. Les zonages rendus cliquables, pour parcourir le site avant qu'il existe.

6. Les tests d'utilisabilité. Cinq personnes, une tâche à accomplir, on observe sans aider. Cinq personnes suffisent à faire remonter la majorité des problèmes majeurs, ce qui est une règle empirique bien établie dans la profession et non une loi. Cela prend une demi-journée et évite des mois de suppositions.

Les principes qui font gagner le plus

Ils sont peu nombreux et rarement appliqués.

Une page, une action principale. Chaque page doit avoir une chose qu'on attend du visiteur. Deux actions concurrentes de même importance divisent l'attention.

La réponse avant l'argumentaire. Le visiteur cherche une information. La lui donner d'abord, se présenter ensuite.

Le nombre de champs. Chaque champ de formulaire supprimé augmente le nombre d'envois. Demander le code postal alors qu'on n'en a pas besoin coûte des contacts.

La cohérence l'emporte sur l'originalité. Un bouton doit ressembler à un bouton, un lien à un lien, le menu doit être là où on l'attend. L'originalité de navigation se paie toujours plus cher qu'elle ne rapporte.

La visibilité de l'état. Le visiteur doit savoir où il est, ce qui vient de se passer, et ce qui va se passer. Un formulaire envoyé sans confirmation est un formulaire renvoyé trois fois.

Le coût de l'erreur. On doit pouvoir revenir en arrière, corriger, annuler. Un tunnel de commande sans retour possible perd des clients à chaque étape.

L'accessibilité fait partie de l'UX

Ce n'est pas une contrainte ajoutée à la fin, c'est le même travail poussé plus loin.

Un site utilisable au clavier seul est un site dont l'ordre de navigation a été pensé. Un contraste suffisant profite à tout le monde, y compris à celui qui consulte son téléphone en plein soleil. Des intitulés de bouton explicites servent au lecteur d'écran et au lecteur pressé.

Les règles techniques, leur périmètre réglementaire et les obligations applicables depuis le 28 juin 2025 sont traités dans la page accessibilité web.

Ce que ça coûte

Ordres de grandeur observés sur des devis en 2025 et 2026, pour un site vitrine ou un petit site marchand.

LivrableJours courantsOrdre de grandeur
Entretiens utilisateurs, 5 à 8 personnes2 à 4700 à 2 500 €
Parcours et arborescence1 à 3400 à 1 800 €
Zonages, 4 à 8 gabarits2 à 5800 à 3 000 €
Prototype cliquable1 à 3400 à 1 800 €
Test d'utilisabilité, 5 personnes1 à 2500 à 1 500 €
Maquettes graphiques, 4 à 8 gabarits3 à 81 200 à 5 000 €
Système de composants documenté2 à 6900 à 4 000 €

Sur un site vitrine de 10 000 €, la part de conception représente couramment 30 à 45 % du total. C'est aussi la part qu'on supprime en premier pour faire baisser le devis, et celle dont l'absence se voit le plus longtemps.

Comment vérifier qu'un prestataire fait vraiment de l'UX

Quatre questions suffisent.

  1. « Combien de personnes extérieures à mon entreprise allez-vous interroger ? » Si la réponse est zéro, il n'y a pas de recherche utilisateur, seulement de l'expérience et de l'intuition. Rien de disqualifiant sur un petit projet, à condition de le savoir.
  2. « Verrai-je des zonages avant les maquettes ? » Passer directement à la maquette graphique signifie que la structure sera décidée en même temps que les couleurs, ce qui rend chaque correction coûteuse.
  3. « Y a-t-il un test prévu, et avec qui ? » Un test à cinq personnes est un poste modeste et le seul moyen de savoir avant la mise en ligne.
  4. « Que se passe-t-il si le test montre que la structure ne fonctionne pas ? » La réponse dit si le test est réel ou décoratif.

Mesurer après la mise en ligne

L'UX ne s'arrête pas à la livraison. Quatre mesures simples, sans outil coûteux.

  • Le taux de contact : nombre de demandes rapporté au nombre de visites. C'est le seul indicateur qui compte pour un site vitrine.
  • Les pages de sortie : les pages où les visiteurs quittent le site. Une page de sortie inattendue signale un blocage.
  • Le taux d'abandon du formulaire : combien commencent, combien terminent. L'écart désigne le champ fautif.
  • Les recherches internes : ce que les gens tapent dans le moteur de recherche du site. C'est la liste des pages qui manquent, écrite par les visiteurs eux-mêmes.

Ces quatre mesures se lisent dans un outil de mesure d'audience configuré correctement, sujet traité dans le domaine mesure et data. Elles supposent aussi que la collecte respecte les règles applicables aux traceurs, publiées par la CNIL.

Le système de composants, et pourquoi il change le coût du site

C'est le livrable qui distingue une conception durable d'un empilement de maquettes.

Plutôt que de dessiner huit pages, on définit les briques qui les composent : un bouton et ses états, un champ de formulaire, une carte, un bandeau, un tableau, un bloc de citation, une liste de liens. Chaque brique est décrite une fois, avec ses tailles, ses espacements, ses couleurs et son comportement sur petit écran.

Les conséquences sont économiques, pas esthétiques.

La neuvième page ne coûte presque rien. Elle se compose de briques existantes. C'est ce qui permet à un site de grandir sans repasser par le graphiste.

Les corrections se propagent. Changer l'espacement d'un bouton le change partout, au lieu de le changer sur huit maquettes puis d'en oublier deux.

L'intégration est plus rapide et moins ambiguë. L'intégrateur ne devine pas : chaque valeur est écrite.

Le site reste cohérent dans le temps. Trois ans plus tard, quelqu'un d'autre ajoute une page et elle ressemble aux autres.

Ce que cela suppose : deux à six jours de travail supplémentaires au moment de la conception, et un document de référence livré avec le site. Sur un site destiné à durer et à s'étoffer, c'est rentabilisé dès la troisième ou quatrième page ajoutée. Sur un site de cinq pages figé, cela ne se justifie pas.

Une question utile en devis : « le site me sera-t-il livré avec la documentation de ses composants, et pourrai-je ajouter une page sans repasser par vous ? » La réponse dit beaucoup sur la façon dont le projet a été conçu.

Ce qui rate

  • Les maquettes graphiques présentées avant toute réflexion sur la structure. La discussion porte alors sur les couleurs, et la structure passe sans être examinée.
  • Le test d'utilisabilité fait par des collègues, qui connaissent déjà le vocabulaire de l'entreprise.
  • Le carrousel d'accueil. Il permet de ne pas trancher entre cinq messages, et le résultat est qu'aucun n'est lu.
  • Les intitulés internes à l'entreprise dans le menu. « Nos solutions », « notre expertise », « nos univers » ne veulent rien dire pour un visiteur.
  • La validation par le dirigeant seul, qui n'est jamais l'utilisateur du site.
  • Le prototype validé sur un grand écran, alors que la majorité des visites se fera sur téléphone.

Sources

  • Règle empirique des cinq utilisateurs en test d'utilisabilité : usage professionnel documenté depuis les travaux de Nielsen et Landauer en 1993 sur le nombre optimal de participants.
  • Accessibilité : DGCCRF, directive Accessibilité applicable depuis le 28 juin 2025 ; RGAA 4.1.2 pour les critères techniques.
  • Traceurs et mesure d'audience : CNIL.
  • Fourchettes de prix : ordres de grandeur observés sur des devis en 2025 et 2026.

Dans le même cocon

On remonte à la page mère, puis on passe à la page sœur suivante. Aucun lien direct vers un autre cocon.

Questions fréquentes

Quelle différence entre UX design et UI design ?

L'UX design s'occupe de la structure et du parcours : ce que les gens cherchent, dans quel ordre, ce qui les bloque. L'UI design s'occupe de l'interface visible : disposition, typographie, couleurs, boutons. L'UX précède l'UI, et une belle interface sur une structure fausse produit un site incompréhensible.

Combien de personnes faut-il pour un test d'utilisabilité ?

Cinq personnes suffisent à faire remonter la majorité des problèmes majeurs, selon une règle empirique largement admise dans la profession. Au-delà, les mêmes problèmes se répètent. Un test à cinq prend une demi-journée.

Faut-il des wireframes avant les maquettes ?

Oui, dès que le site compte plus de quelques gabarits. Les zonages permettent de trancher la structure sans que la discussion parte sur les couleurs, et une correction à ce stade coûte une heure au lieu d'une journée.

Combien coûte la partie conception d'un site ?

De 30 à 45 % du budget total sur un site vitrine, selon les devis observés en 2025 et 2026. C'est le poste le plus souvent réduit pour faire baisser le prix, et celui dont l'absence se remarque le plus longtemps.

Comment savoir si l'UX de mon site actuel est mauvaise ?

Quatre mesures suffisent : le nombre de demandes rapporté au nombre de visites, les pages où les visiteurs quittent le site, le taux d'abandon du formulaire, et ce que les gens tapent dans la recherche interne. Ces quatre indicateurs désignent les problèmes sans avis subjectif.